Fermeture de Pôle Emploi au centre ville :


Pau, le 11 mars 2015

Monsieur Pierre-Olivier Julien,

J’ai lu avec attention l’article de ce jour consacré à " la stratégie de Pôle emploi pour ses agences paloises". L’intérêt porté par la République à cette actualité rejoint ma préoccupation, qui ne date pas d’aujourd’hui, sur le service public de l’emploi à l’échelle de la ville de Pau et de son agglomération. La fermeture définitive de l’agence rue Emile Guichenné (agence historique de l’Anpe avant la fusion avec les Assedic) est en effet une page qui se tourne. Hier, lors d’une conférence de presse, j’ai rappelé les enjeux de ce dossier. Nous avons aussi salué les agents de Pôle emploi, échangé avec les usagers. Ma discussion avec le directeur de l’agence, M. Darrivère, est éclairante sur la vraie stratégie de Pôle emploi, avec malheureusement, des critères d’opérations immobilières qui semblent supérieurs aux missions de service public, " au plus près des territoires" pour reprendre la terminologie de Pôle emploi.

Comme vous l’indiquez dans votre article, cette réorganisation a suscité, dès son annonce il y a 3 ans, des réactions. Les militants du PCF (voir les archives dans la République et Sud-Ouest) ont animé une campagne publique pour le maintien d’une agence en cœur de ville. Une pétition (plus d’un millier de signatures de privés d’emploi recueillies) avait permis de prendre la mesure de l’attachement des usagers à "leur" agence rue Emile Guichenné. Hier après-midi, nous avons de nouveau entendu ces témoignages. J’avais fait la proposition d’une motion en conseil municipal (votée à l’unanimité) et j’étais présent en mairie lors de la rencontre entre Martine Lignières-Cassou, le directeur territorial de Pôle Emploi, Thierry Lescure, et Maryse Danicourt, la directrice régionale de l’époque. Il y avait aussi le chargé de communication de la direction régionale car, comme on peut le vérifier à la lecture de votre article, la communication de Pôle emploi, bien huilée, peut atteindre ses objectifs et passer sous silence des aspects plus contradictoires.

Vous donnez la parole à Alain Lavignotte au regard de son engagement associatif. Alain fut aussi l’élu, lors de la dernière mandature, en charge de trouver les 1000 mètres carrés de locaux qui correspondaient au cahier des charges de Pôle emploi pour un maintien de l’agence (attention : d’une agence de plein exercice, avec un accueil à tous les usagers, avec les missions d’inscription et d’accompagnement, c’est important, pas une agence spécialisée). Il n’a pas été présent lors des nombreuses mobilisations devant l’agence pour contester la fermeture rue Emile Guichenné.

Très engagé comme élu municipal sur ce dossier, je me tiens à votre disposition, si vous le jugez utile, pour réagir aux déclarations des responsables de Pôle emploi. Je ne suis pas dans un état d’esprit qui consiste à "refaire le match", mais à maintenir la proposition d’une agence en cœur de ville. De nombreux éléments, qui n’apparaissent pas dans l’article, plaident en effet pour travailler dans cette direction. En voici, rapidement, le contenu. Vous pouvez, bien évidemment, utiliser ce qui suit.

1. D’abord la méthode. Comme cela est rappelé dans l’article de la République, " Pôle emploi n’a pas dévié de sa stratégie d’origine qui remonte à plus de trois ans". En effet, il n’a jamais été possible d’établir un vrai échange avec la direction départementale de Pôle emploi qui nous a présenté un projet tout ficelé. Contrairement à d’autres départements, où les agents, les usagers et les élus, sont associés à la réorganisation territoriale de l’agence dans le cadre de comité de pilotage, à Pau, le passage en force a été très violent. Quand, pour sauver les apparences et faire croire à une pseudo concertation, Thierry Lescure demande à l’ancienne collectivité de mettre sur la table une proposition de 1000 mètres carrés en cœur de ville, la réorganisation est quasi achevée, notamment sur le plan des négociations immobilières.

2. Je conteste l’idée " d’un meilleur maillage du territoire" (il suffit d’ailleurs de regarder la nouvelle carte des localisations des agences pour le constater). Par contre, il est exact - cela a le mérite d’être clair et assumé - de dire que les "contraintes" immobilières ont pesé pour beaucoup. Nous sommes là directement confrontés à l’effet de l’austérité qui frappe les services de l’Etat, l’assurance maladie (voir le plan hôpital), les collectivités territoriales, et aussi les agences de l’Etat. Alors que nous comptons plus de 550 000 chômeurs supplémentaires depuis l’élection de F. Hollande, que la bataille pour l’emploi est présentée comme la priorité du gouvernement, comment accepter qu’une réorganisation territoriale des agences se fasse sur des critères financiers et non pas sur les besoins réels des populations ?

3. J’en viens à l’un des points sur lequel nous avons beaucoup insisté auprès de la direction territoriale de Pôle emploi. Dans votre article, il est écrit : " en revenant à Saragosse, on se rapproche des publics qui ont le plus besoin de nous", ce qui, en filigrane, pourrait laisser croire que le public du centre-ville répond moins à ce critère d’urgence sociale. Nous contestons cette idée car la précarité est aussi très grande en centre-ville. Et cela se détériore. Les spécialistes de la politique de la ville alertent sur ces processus en cœur de ville. C’est le cas pour notre ville. L’ensemble des données permettant de le mesurer (chômage mais pas uniquement, pauvreté, différentes formes de précarité) aurait pu faire basculer le cœur de ville, avant la récente réforme du gouvernement, en quartier prioritaire.

4. "Les personnes en centre-ville devront se déplacer plus loin". C’est de nouveau exact. On avait pointé aussi combien les habitants du 14 juillet étaient oubliés par cette réorganisation. Je veux redire sur une dimension importante. Il ne s’agit pas uniquement " de se déplacer" -pour des personnes très fragilisées, au bout du rouleau, cela peut aussi apparaitre comme une nouvelle épreuve -on nous l’a encore dit hier-, mais de trouver d’autres services publics au plus près de l’agence. L’agence de la rue Emile Guichenné était à proximité de l’interconnexion des bus, place d’Espagne, proche aussi du CCAS, de la Préfecture. Ce qui n’est pas le cas à Saragosse ou Lons.

Nous maintenons donc la proposition d’une agence en cœur de ville. La direction départementale de Pôle emploi est-elle toujours d’accord pour l’envisager si nous trouvons les 1000 mètres carrés disponibles et répondant aux conditions de travail pour les agents et d’accueil pour les usagers ? Hier, lors de notre échange, le directeur de l’agence Emile Guichenné semblait maintenir cette proposition. Qu’en est-il de la direction départementale ?
Alors que la nouvelle majorité municipale a rendu ses arbitrages concernant les Halles, avec la rénovation de la tour du Complexe de la république, n’est-il pas possible d’envisager une synergie avec l’ensemble des acteurs locaux dans les domaines de l’emploi, de l’insertion et de la formation. Une agence de Pôle Emploi pourrait parfaitement s’installer dans la tour, avec la mission locale (dont François Bayrou a décidé le maintien aux halles), les associations qui travaillent sur ces questions. A ma connaissance, cette localisation répondrait aux besoins de Pôle emploi.

Au final, une question, et une seule apparait : la direction de Pôle emploi était-elle sincère quand elle disait " OK pour une agence de Pôle emploi en centre-ville ?" ou cela était-il un "élément de langage" pour prendre la direction opposée, à savoir un désengagement de Pôle emploi du centre-ville de Pau. L’avenir nous le dira.

Dans le prolongement de votre article, est-il possible de faire connaitre aux lecteurs de la République des Pyrénées, les réflexions et la proposition d’un conseiller municipal très engagé sur ce dossier depuis les premières annonces de Pôle emploi sur sa réorganisation ?

Bien à vous,
Olivier Dartigolles.

 
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