Adresse du HDP aux parlementaires et autres élus en France et dans d’autres pays

Jean-Jacques Le Masson a reçu le texte suivant d’une camarade kurde de Turquie, rencontrée à Diyarbakir à l’occasion de la mission d’observation des élections législatives turques de juin et de novembre. Il s’agit d’un courrier daté du 31 décembre et signé des deux vice-présidents du groupe parlementaire du HDP : Idris Baluken et çaglar Demirel, adressé aux parlementaires et autres élus en France et dans d’autres pays. Ce texte rappelle les circonstances qui ont conduit à l’arrêt du processus de paix engagé depuis mars 2013, et demande l’intervention de "toutes les plateformes démocratiques nationales et internationales afin qu’elles expriment ouvertement des critiques et engagent les poursuites nécessaires contre cette crise politique et humanitaire en cours en Turquie, et qu’elles soutiennent la lutte des peuples de la Turquie pour la paix et la liberté."


HALKLARIN DEMOKRATİK PARTİSİ Parti démocratique des peuples

Honorables représentants des groupes parlementaires,

Nous souhaitons, en tant que Parti Démocratique des Peuples (HDP), vous présenter un aperçu de la situation actuelle dans la région kurde de Turquie qui connaît une escalade de violences sans précédent suite aux intenses opérations militaires de l’État et les circonstances de guerre civile qui en découlent et mettent la vie de centaines de milliers de civiles kurdes en danger. Le 21 mars 2013, suite à l’appel pour la paix du chef du PKK M. Abdullah Öcalan, , un dialogue avait été entamé avec l’État turc et deux comités représentant respectivement l’État turc et le peuple kurde avaient entamé une série de réunions avec M.Öcalan, qui avaient par ailleurs abouti à un certain nombre de principes, déclarés le 28 février 2015 sous le nom des « Accords de Dolmabahçe », et selon lesquels le message de paix du leader du PKK devait être lu publiquement lors du Newroz (nouvel an kurde) de Amed (Diyarbakir) le 21 mars 2015. Il était également prévu qu’une semaine plus tard, un comité de suivi dont les membres avaient été déterminés au préalable participerait à des réunions à Imrali, en tant que troisième parti impartial. Lors de cette première réunion, qui se serait tenue en présence de ce comité de suivi, les parties concernées auraient dû accepter l’ouverture officielle des négociations, et selon les principes minimaux convenus, M.Öcalan aurait demandé au PKK de se réunir dans le cadre d’un congrès afin de décider de continuer la lutte contre la République de Turquie sur le plan politique et démocratique et non par les armes.

Ainsi, le conseil exécutif du KCK, qui est l’organisation qui regroupe les partis kurdes, y compris le PKK, avait déclaré publiquement qu’il était prêt à convoquer ses membres en cas d’appel du leader kurde. Fort malheureusement, cette occasion historique a été gâchée par les ambitions de M.Erdogan qui visaient, de l’intérieur, à instaurer un système présidentiel de type dictatorial où il règnerait seul, et de l’extérieur, à bloquer les revendications kurdes, en raison notamment de la récente évolution au Proche Orient et à Rojava (Kurdistan syrien).

Le comité de suivi n’a donc pas été autorisé à participer aux négociations prévues cette semaine de mars, et Erdogan avait déclaré : « Il n’y a pas de table de négociations, pas d’accord, pas de parties, pas de comité de surveillance, et il n’y a pas de problème kurde », menant ainsi, de façon irresponsable, le processus dans une impasse. Les attaques qui ont ciblé notre parti et ses partisans avant les élections du 7 juin 2015 n’ont pas empêché le HDP d’obtenir des résultats historiques qui ont eu pour résultats l’obtention insuffisante de sièges pour l’AKP pour former un gouvernement à parti unique. Depuis lors, le peuple kurde et les membres des organisations démocratiques ont été arrêtés par centaines et soumis à la violence de l’État et les attaques coordonnées du gouvernement de l’AKP et de l’organisation Daesh en 2015 ont coûté la ville à 138 personnes (Diyarbakir le 5juin, Suruç le 20 juillet, Ankara le 10 octobre).

Depuis le lancement de cette guerre, un total de 342 civils, près de 400 guérillas du PKK, soldats et policiers ont perdu la vie. La proclamation comme « zone militaires spéciales » dans 145 districts de 16 villes kurdes et les 54 couvre-feux décrétés dans 18 villes kurdes ont directement affecté 1,5 millions de personnes et ont forcé 250 000 personnes à migrer hors de chez eux. Ces couvre-feu n’ont rien de différent d’un siège militaire et ne sont pas légitimes. En outre, des bâtiments classés patrimoine historique par l’UNESCO tels que la mosquée historique de Kursunlu, des foyers Alevis et plusieurs églises ont été détruits par les forces de l’État à Amed (Diyarbakir). Les membres du parlement et les politiciens essayant se rendre sur place se sont heurtés à la violence des militaires.

Ce tableau émergeant de la Turquie comporte des risques sociaux et politiques de radicalisme et de violence qui sont susceptibles de gravement influencer le Moyen-Orient et l’Europe. Malheureusement, nous sommes aujourd’hui plus que jamais face à un scénario de catastrophe. Si des mesures ne sont pas rapidement prises, cette situation aura inévitablement des conséquences lourdes non seulement en Turquie, mais aussi au Moyen-Orient et en Europe. Afin de résoudre la question kurde de façon pacifique, il est nécessaire de cesser immédiatement les opérations militaires dans les zones kurdes et de retourner à la table de négociation avec M. Öcalan sous la surveillance d’un tiers et dans des conditions équitables et libres. Il est urgent que les acteurs politiques et la communauté internationale développent une approche démocratique et pacifique en réponse à ces évolutions en Turquie pour parvenir à une stabilité durable à long terme dans le pays et dans la région. Nous faisons appel à toutes les plateformes démocratiques nationales et internationales afin qu’elles expriment ouvertement des critiques et engagent les poursuites nécessaires contre cette crise politique et humanitaire en cours en Turquie, et qu’elles soutiennent la lutte des peuples de la Turquie pour la paix et la liberté.

Avec nos salutations distinguées,

İdris BALUKEN, Çağlar DEMİREL Les vice-présidents du groupe de HDP Le 31 décembre 2015

 
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