Dossier : une année terrible pour un grand nombre de paysans, accablés par les conséquences de la « concurrence libre et non-faussée ».

Notre département comptait 11 900 structures d’exploitation en 2010 (dernier recensement complet). 47 % (5 600) étaient des petites exploitations dont la valeur de la production brute était inférieure à 25 000 euros par an. 40 % (4 800) étaient des exploitations moyennes dont la valeur moyenne de la production était comprise entre 25 000 et 10 000 euros. C’est un éventail important. 13 % (1 500) étaient des grandes exploitations (> à 100 000 euros). Entre 2000 et 2010, la surface agricole utile moyenne est passée de 25 à 28 hectares, ce qui s’explique par la disparition de 18,7 % des exploitations, et en dépit d’une perte globale de 7,4 % des surfaces.


C’est dire que les conséquences du désastre « libéral » entraîné par la mise en œuvre de la politique européenne étaient déjà dures pour les paysans, et plus particulièrement les petits exploitants.

En 2010 toujours, la main d’œuvre familiale agricole donnait de l’emploi à 23 839 personnes, dont 14 160 étaient des chefs d’exploitation (59,4 %). Entre 2000 et 2012, cette main d’œuvre avait déjà diminué de 27 %. 4,4 % des exploitations emploient 1094 salariés permanents en 2010 (-14 % depuis 2000). 7 % du volume de travail non familial est effectué par des entreprises agricoles, dont des CUMA. 3266 exploitations employaient des saisonniers.
Il y avait en 2010 51 entreprises agro-alimentaires de plus de 20 salariés. Il y avait 6801 salariés, dont 2829 dans les entreprises de 20 salariés et plus.

Le lait et le porc sont particulièrement sinistrés

Prenons deux secteurs cruellement touchés par la crise capitaliste des cours et des marchés : la production de lait de vache, et la production de porcs.
Il y avait 1 180 élevages et 36 692 vaches en 2010, soit une diminution de 41 % par rapport à 2000. La Chambre d’agriculture en décompte aujourd’hui moins de 700. 6 entreprises collectent 90 % de la production : 3A, Danone, Fromagerie de Chaumes, Berria, Coopérative laitière du Pays basque et Haize Hegoa.

Il y avait 1500 élevages et près de 200 000 porcs pour 222 663 places d’élevage en 2010. L’abattage se concentre autour de deux opérateurs dont un est situé dans le département : la FIPSO qui traite 3 60 % des volumes produits en Aquitaine. 80 % des jambons de Bayonne sont transformés dans les P.A.

En 2015, 660 livreurs ramassaient le lait dans les exploitations, dont 100 étaient de producteurs fermiers. Il en reste moins de 600 en cette fin d’été.
Lors de la campagne pour les régionales, où j’avais accompagné pendant quelques jours O. Dartigolles chez des producteurs, nous avions déjà constaté un immense désarroi chez ces paysans aux longues journées de travail et dont le produit ne cesse de voir son prix baisser. Des suicides avaient été évoqués. La disparition de nombreuses exploitations également. Même phénomène chez les producteurs de porcs : le cours « extrêmement volatile », va toujours dans le même sens : la baisse. Tandis que la nourriture et les autres frais augmentent.

En France, en 20 ans, le nombre d’exploitations laitières a diminué de moitié, passant de 160 000 exploitations en 1995 à 70 568 en 2013. Lors de la mise en place des quotas laitiers en 1984, elles étaient 370 000. Depuis deux ans, le prix du lait a baissé de 25 % et les éleveurs laitiers sont au bout du rouleau. Ils sont de plus en plus nombreux à avoir engagé une procédure du dépôt de bilan. La conjoncture est très mauvaise avec un prix payé qui ne couvre pas les coûts de production et surtout la rémunération des éleveurs. Les quotas laitiers avaient permis de faire coïncider l’offre avec la demande et de maintenir un prix du lait assez correct hormis en 2009 où plusieurs pays européens avaient dépassé leurs quotas de production. Depuis la fin des quotas, l’Union Européenne a augmenté sa production de 5 % en 2015. Elle est très importante chez nos voisins européens (20 % en Irlande, 17 % en Belgique, 16 % aux Pays-Bas, 7 % au Danemark). Cette surproduction conduit à des baisses de prix qui ne couvrent pas les coûts de production comme ce fut le cas en 2009.

Pour ce qui concerne les autres productions, la situation est globalement moins catastrophique, et la chambre d’agriculture enregistre une progression des installations de jeunes paysans, la plupart du temps en succession de leurs parents, et nantis d’une solide formation professionnelle dans les lycées agricoles.

Ce qui sauve ces paysans, ce sont des prix plus rémunérateurs, mais aussi, pour près de 15 % d’entre eux, la progression de la vente en circuits courts, la diversification des revenus : transformation locale, tourisme. Enfin, et d’autant plus que les traités internationaux en discussion secrète les ont en ligne de mire, il faut souligner la qualité des produits, garantie par les signes d’identification de la qualité et de l’origine : les labels rouges, les appellations AOC et AOP, l’IGP et le label agriculture biologique, en croissance.

L’analyse du MODEF

Philippe Grégoire, vice-président du MODEF, explique que la commission européenne a présenté le 18 juillet aux ministres de l’Agriculture le deuxième plan de soutien qui prévoit une enveloppe de 150 millions d’euros afin d’inciter une réduction volontaire de la production de lait et ainsi que 350 millions d’euros dont 50 millions d’euros pour la France pour renforcer le dispositif en faveur des éleveurs.
Dans ce contexte, le MODEF demande en urgence une régulation européenne des volumes de production en adaptant la production à la demande. Le MODEF s’interroge sur les modalités de ces plans d’aides et à partir de quand il sera réellement effectif ? Le MODEF souhaiterait participer au groupe de travail pour la mise en place de ces aides. Concernant l’enveloppe de 150 millions d’euros, le MODEF demande une répartition par zones géographiques avec un montant supérieur pour la zone de montagne et piémont. Le MODEF revendique que ces aides ne rentrent pas dans le plafond de minima sur les aides.

Le MODEF réclame des prix rémunérateurs. Mais cette revendication des éleveurs contrevient aux règles de la concurrence libre et non-faussée énoncés dans les traités qui fondent l’U.E et votés par les gouvernements successifs.

La situation est semblable pour les producteurs de porcs.

Courrier de président du MODEF au président de la République
« L’agriculture française s’affaiblit laissant les exploitants familiaux, les éleveurs, les producteurs de fruits et légumes dans une situation catastrophique avec des revenus très bas confrontés de plus en plus fréquemment à des aléas climatiques et sanitaires ainsi qu’à des importations massives et déloyales.

En 2013, lors de votre discours au sommet de l’élevage, vous proposiez une agriculture créatrice d’emplois qui privilégie l’activité, la production, la commercialisation en passant par la transformation. Cette forme d’agriculture est indispensable à l’aménagement, l’entretien et à la vie des territoires.
Votre première priorité concernant la Politique Agricole Commune était de soutenir l’élevage et la deuxième priorité était de promouvoir l’activité et l’emploi des exploitations agricoles en choisissant de surprimer les premiers hectares d’une exploitation correspondant à la moyenne nationale ; c’est-à-dire 52 hectares pour la France.

Le MODEF demande que la surprime des 52 premiers hectares soit portée à 20 % dès 2016 au lieu de 2018. Lors de notre dernière rencontre, vous aviez envisagé qu’en 2016 la surprime des 52 premiers hectares puissent être portée à 20 % du budget. La FNSEA s’oppose fermement à l’augmentation de la surprime, le MODEF appelle le gouvernement à respecter ses engagements avant les élections présidentielles.

La hausse de la surprime est vitale pour les exploitants familiaux qui, contrairement aux grandes exploitations céréalières, ont épuisé leurs réserves et se sont endettés pour faire face à la chute des prix. En revalorisant le paiement redistributif, vous permettrez le maintien des exploitations familiales sur le territoire et la consolidation du tissu économique de notre agriculture. Le MODEF veillera à la mise en œuvre des 20 % du budget concernant le paiement redistributif. »

« Dumping » alimentaire et qualité des produits

Par ailleurs, Raymond Girardi, vice-président du MODEF dénonçait le 25 juillet le dumping alimentaire et la non-information des citoyens et consommateurs sur le danger des produits interdits utilisés pour la culture de ces produits importés. L’objectif est double pour le MODEF : informer les consommateurs français et faire prendre la décision d’interdire l’importation de ces produits alimentaires dangereux pour la santé publique.
La France est envahie de produits d’alimentations importés des quatre coins du monde. Ce sont les fruits et légumes (la France ne produit que 60% de ses besoins), de la viande, du lait, des céréales, des oléagineux-protéagineux et des produits transformés par l’industrie agroalimentaire.
Jusqu’à ce jour aucune information n’est donnée aux consommateurs français concernant l’utilisation des produits phytosanitaires en agriculture pour ces pays qui ne sont pas soumis aux normes françaises. D’autant plus que certains Etats n’ont aucune règle d’utilisation : en Afrique, Amérique centrale ou au sud de l’Asie. Dans certains pays, même en Europe, la réglementation sommaire qui existe n’est pas respectée. Il est urgent de clarifier la situation.

Les propositions communistes visent à répondre à la rémunération du travail paysan, à l’accès à tous à une alimentation de qualité, à l’urgence de réponses liées aux crises. En effet, un sentiment d’abandon gagne massivement les campagnes dans le pays. Les dépôts de bilan s’accroissent dans un non-dit agricole. Les exploitants familiaux s’accrochent pour continuer l’activité. Un certain nombre d’agriculteurs en situation économique saine (notamment en lait) arrêtent leur exploitation. La Mutualité Sociale Agricole est débordée par les demandes de Revenu de Solidarité : à ce jour 150 000. En clair, 1 agriculteur sur 4 n’a plus de quoi vivre !

Pour y répondre, on ne peut que constater le manque de courage du gouvernement : Plan d’urgence, mesures de crise, incantation européenne… rien de solide, sur la durée, n’est venu répondre aux exigences paysannes, sur les prix, les importations et la concurrence, pour protéger l’activité agricole.

Nous demandons :

En France :
-  D’encadrer les marges et pratiques abusives de la grande distribution. Mise en place d’un coefficient multiplicateur.
-  De définir les prix agricoles (prix planchers) au travers de négociations annuelles et pluralistes, par des conférences sur les prix.
-  Les filières alimentaires relocalisées doivent être soutenues. L’indication d’origine des produits agricoles et de la mer, transformés ou non, doit être appliquée.
-  Il faut protéger les producteurs des aléas climatiques, économiques et sanitaires à travers un système d’assurance mutuelle démocratique calamités.
Ce sont les propositions que portent nos parlementaires.

En Europe :

Les négociations sur le TAFTA (Europe/USA) ont repris à Bruxelles. On demande d’y porter une exception agricole, comme cela a été fait pour la culture. Car on sait très bien que si le Tafta est signé par exemple en matière de viande bovine, cela va signifier ici moins 50% de rémunération pour les producteurs.

Pour affirmer sa souveraineté alimentaire l’Europe doit se doter d’outils :
-  La mise en place de prix indicatifs.
-  Appliquer le principe de préférence communautaire ou de clauses de sauvegarde visant cet objectif.
-  Réaffirmer le besoin d’outils de gestion et de planification (stocks de sécurité alimentaire).
-  Conquérir de nouveaux droits sociaux pour les travailleurs de l’agriculture.
-  Condamner le dumping social par l’exploitation des travailleurs détachés.

Pour répondre aux besoins populaires et porter une ambition agricole :
Nous proposons un pacte d’engagement législatif immédiat avec l’appel à une conférence (un « Grenelle ») des prix agricoles ; de travailler à un cadre législatif débouchant sur un moratoire de l’agriculture française, permettant aux exploitations de retrouver un équilibre économique.

JJLM

 
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