Pau : Conseil municipal du 19/09/2016. Armement police municipale


Intervention d’Olivier Dartigolles sur l’armement de la police municipale.

« Vous avez annoncé, Monsieur le Maire, le 29 juillet dernier, votre décision d’ armer la police municipale de notre ville. Cette annonce est une rupture avec ce qui toujours été la position de notre collectivité sur un sujet qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. J’ai souvenir qu’après Charlie Hebdo, vous vous étiez opposé à l’armement de la police municipale, en déclarant notamment : « nous ne discuterons pas de ce principe […] Les armes létales sont réservées à la police nationale qui connaît les procédures et qui est formée pour cela […] Nous sommes respectueux du droit et du bon sens. Nous ne participerons pas à cette course à l’armement. ».

J’ai lu attentivement vos déclarations après le massacre de Nice, qui a eu raison de vos « réserves ». Vous avez dit le faire « non sans une certaine tristesse » mais avec un « frisson rétrospectif », notre Boulevard des Pyrénées ayant des similitudes avec la promenade des Anglais.

Je partage avec vous ce frisson rétrospectif, sans en tirer les mêmes conclusions mais avant de dire pourquoi, je veux souligner que votre parole publique et médiatique après Nice et Saint-Etienne-du Rouvray n’a pas accompagné les surenchères sécuritaires et identitaires, les semeurs de haine et de divisions. La première des victoires face aux terroristes et de ne pas fracturer notre société, d’éviter les tensions, le risque de basculements vers le pire, et notamment la peur et le rejet de l’autre. J’ai bien aimé les paroles du maire de Saint-Etienne du Rouvray, Hubert Wulfranc, appelant au discernement, au raisonnement et parlant de la rentrée scolaire dans sa commune comme d’une « étape cruciale et concrète », et celles du pape François lors des journées mondiales de la jeunesse. Il faut être courageux pour, dans un tel moment, dire « tant qu’au centre de l’économie mondiale, il y a le dieu argent et pas la personne, c’est cà le premier terrorisme ».

Sur le plan de la sécurité, la réponse ne peut évidemment pas être de ne rien changer. Il faut s’adapter au niveau de la menace, qui elle évolue. Je le dis avec l’expérience du week-end dernier, avec la Fête de l’Huma, on a du prendre des mesures exceptionnelles pour sécuriser le site, les abords, les transports, avec une parfaite coopération de la police nationale et des services de l’Etat.

Tout ceci pour dire que je n’ai pas une vision angélique, qu’il est tout à fait justifié de faire évoluer et d’adapter nos politiques publiques pour assurer la protection et la sécurité aux populations.

Pour autant, je reste opposé à l’armement des polices municipales.

Première observation, monsieur le maire, si on regarde de près ce qui s’est passé à Nice, on fait le constat que c’est un fiasco en terme de sécurité publique. Nice est la ville la plus vidéosurveillée de France, et la promenade des Anglais, l’artère qui concentre le plus de caméras. Ce qui n’a pas empêché le terrorisme de faire des repérages avec un camion de 19 tonnes, les deux jours avant le massacre, et alors même qu’un arrêté municipal fait interdiction à un camion de ce gabarit de circuler sur la promenade des Anglais. On a tous en mémoire les propos de Christian Estrosi après Charlie Hebdo « avec un caméra pour 343 habitants, contre une pour 1500 habitants pour Paris, si Paris avait été équipé du même réseau que le notre, les frères kouachi n’auraient pas passé trois carrefours sans être neutralisés et interpellés ». Quant à l’armement de la police municipale niçoise, il ne pouvait en rien arrêter le camion de la mort. On ne va pas rentrer ici dans des commentaires sur la science de la balistique. Ou alors il faut donner raison au très inspiré Henri Guaino qui, après le drame, a évoqué la possibilité d’un militaire avec un lance-roquette.…

Pour ce type de menace, contre un camion lancé sur une foule, mais il en existe bien d’autres, dans des configurations de rassemblement populaire, la réponse de bons sens semble être venu de la préfecture des landes et de la mairie de Mont-de-Marsan. Les fêtes de la Madeleine se sont tenues juste après Nice, avec des renforts en terme d’effectifs de la police nationale et de la gendarmerie. C’est à l’Etat d’assurer la sécurité, il s’agit là d’une mission régalienne qui n’est pas négociable. A Mont de Marsan, pour répondre, Monsieur le maire, à votre inquiétude, sur les similitudes entre la promenade des Anglais et le Boulevard des Pyrénées, il a été décidé de positionner des gros blocs de béton d’un mètre de diamètre sur un mètre de hauteur, remplis de sable, sur les six points d’entrée principaux de la ville afin de prévenir toute opération terroriste avec le mode opératoire de Nice. C’est,je crois, une réponse plus adaptée et plus efficace que l’armement de notre police municipale.

Sur ces sujets, ne faut-il pas prendre en considération des spécialistes incontestés en matière de lutte antiterroriste et de sécurité publique ? Donner des moyens aux services de renseignement, à la justice. Ne faut-il pas redonner les moyens et les missions à la police nationale d’être au plus près de la population, en îlotage à l’échelle des quartiers. On paye très lourdement les 12 500 suppression de postes entre 2007 et 2012.

Autre question : avec l’armement de la police municipale, on assiste à un glissement supplémentaires des missions de nos agents, de la tranquillité publique, de la lutte contre les incivilités, à aujourd’hui, la lutte contre le terrorisme ? N’y-a-t-il pas, à terme, le risque d’inégalités territoriales entre les villes, les territoires et les populations qui y vivent. Je pose la question.

Et enfin, nous savons bien que la réponse au terrorisme passe par une évaluation des opérations de guerres, au chaos international. Qu’il nous faut aussi se poser les bonnes question sà l’échelle de notre société, apporter des réponses, avec des politiques publiques courageuses, pour les jeunes, notamment ceux des quartiers populaires, renforcer la présence humaine, l’accompagnement, donner des moyens aux missions locales, à l’éducation, à la culture ».

Au cours de ce conseil municipal, Olivier Dartigolles est par ailleurs intervenu sur la rentrée scolaire en faisant écho de ses premiers échanges avec les parents d’élèves et les enseignants ; les décisions de la majorité municipale qui ont un impact sur le pouvoir d’achat ( fin de la gratuité du parking à Verdun) ; les inquiétudes des responsables associatifs et syndicaux de la tour du complexe de République ; l’avenir du 22 rue Lamothe. A la fin du conseil, il a proposé l’installation de ruches d’abeilles dans le centre ville.

 
Mentions légales - rss RSS

Fédération du Parti Communiste Français des Pyrénées-Atlantiques

50, avenue Jean Mermoz - 64000 PAU - t. 05.59.62.03.59 - f. 05.59.62.12.15

fait avec spip