Le rassemblement et la manif de Pardies pour défendre Yara sont une étape importante dans la défense de la production industrielle.

Plus de 500 personnes ont participé mardi 21 mars au rassemblement devant Yara à Pardies, puis à la manifestation sur la départementale 33 jusqu’au rond-point de Mourenx. L’usine Yara, menacée de fermeture pas ses patrons norvégiens, a été choisie par l’UD CGT comme point central de la journée de mobilisation nationale qui s’inscrit dans la campagne de reconquête industrielle de la CGT.
On a pu noter, autour des salariés de Yara, la présence de nombreuses délégations syndicales d’entreprises voisines ou qui travaillent en synergie avec cette usine. Les maires de plusieurs villes et villages alentour, plusieurs élus communistes de Pau, Orthez, Mauléon et quelques autres communes étaient également venus exprimer leur solidarité, ainsi qu’Olivier Dartigolles, porte-parole national du PCF.
La CGT était d’ailleurs représentée lors des prises de parole par Emmanuel Lépine, secrétaire national de la fédération de la chimie CGT et Muriel Reignier secrétaire de l’union départementale, qui rappela l’importance de l’industrie dans le département : « Plus de 34 000 salariés (16 % des emplois), répartis dans presque 3 500 entreprises » et rappela les luttes dans plusieurs autres entreprises, comme PCC à Ogeu, Messier à Arudy, Sobegi à Mourenx, Toray, etc.


Le cortège de manifestants sur la départementale 33

Le secrétaire national de la fédération de la chimie donne la raison de sa présence à Pardies aux côtés des salariés de Yara et des manifestants venus les soutenir dans leur exigence de voir leur outil de production sauvegardé, en cette semaine de lutte pour défendre l’industrie en France. Il explique la stratégie spéculative des grands groupes qui vendent, achètent et transfèrent des unités de production extrêmement utiles à l’industrie du pays, pour la seule raison que le taux de profit leur semble insuffisant. Il rappelle que ce sont les travailleurs de ces entreprises, et au premier rang les syndicalistes de la CGT, qui luttent dans notre pays contre la désindustrialisation et pour défendre l’emploi et les productions utiles.

Au micro, Charles Puntous, secrétaire du CE de Yara, et à sa gauche Emmanuel Lépine et Saturnin Garcia de l’Union locale de Mourenx.

Charles Puntous

Charles commence son propos en rappelant que l’industrie, pilotée par la rentabilité financière, a détruit 100 000 emplois industriels ces 10 dernières années. « Et ça ne s’arrête jamais ! Aujourd’hui, ce serait le tour de Yara à Pardies. Telle est la volonté des dirigeants norvégiens qui ont décidé le 7 mars dernier la fermeture du site de Pardies en prétextant des raisons économiques. En annonçant la fermeture 18 mois avant l’issue fatale, ils choisissent la torture avant la mise à mort. Les salariés sont choqués, indignés, mais aussi révoltés. Le site de Pardies date des années 60 et il a toujours su, contre vents et marées, adapter son outil et sa production au marché et à la demande pendant toutes ces années.

Les efforts considérables consentis par le personnel des dernières années n’auraient donc servi à rien ? Les baisses d’effectifs, les pertes de rémunération ?

Quel gâchis ! En 2016, un investissement de près de 2 millions d’euros a été fait dans un atelier de nitrate de calcium tout neuf. Le retour sur investissement pèse sur le site et limité l’utilisation de cette nouvelle capacité qui serait donc vouée à la destruction fin 2018 !!??

Ce ne sont pas seulement 90 salariés de Yara et leurs familles qui seront touchés, mais aussi les 20 salariés d’Air Liquide dont le sort est étroitement lié à celui de Yara depuis la reprise mutualisée des utilités de Celanèse. Mais il ne faut pas oublier tous les contrats de service, le gardiennage, la cantine, le ménage, la chargement-expédition, l’entretien, les fournisseurs et tous les sous-traitants qui peint déjà un lourd tribut suite aux fermetures successives de Péchiney, Celanèse, et au ralentissement d’activité. Il s’agit au bas mot de 180 salariés et de leurs familles qui seront touchés, et tout le tissu économique est gravement atteint.

Je n’oublie pas nos clients : ARKEMA, dont nous sommes le seul fournisseur en France en peroxyde d’azote, SOBEGI Mourenx à qui nous fournissons la vapeur avec ce fameux pipe payé par les collectivités locales avec l’argent du contribuable : 4 millions d’euros ! Ainsi que la prise en charge des voies ferrées à hauteur de 85 %, alors que les salariés de SOBEGI sont eux-mêmes touchés par un « Plan Sauvegarde de l’Emploi ».

Aujourd’hui, si la loi Florange oblige nos patrons à chercher un repreneur, en aucun cas elle n’oblige à en trouver un et nous ne nous faisons guère d’illusion de ce côté-là !

Le syndicat CGT est opposé à la fermeture du site de Pardies et conteste les raisons économiques invoquées par notre direction qui prévoit des pertes pour les 5 ans à venir sans qu’il y ait de prévision de baisse des volumes, et alors qu’au contraire, on sent plutôt une reprise.

Les dirigeants de Yara disent vouloir nous garder jusqu’à la fin 2018, mais ils font tout pour se débarrasser de nous le plus vite possible en engageant la procédure d’information-consultation et en abordant dans le même temps le volet économique et le volet social dès le 12 avril prochain.
Aujourd’hui, la loi permet aux patrons de plier une entreprise en 2 mois. Merci Macron et merci El Khomry !

Nous demandons des délais suffisants pour l’analyse économique et pour trouver des alternatives à la fermeture du site. Nous mettrons tout en œuvre pour y parvenir lors de la négociation prévue demain 22 mars à l’occasion d’un accord de méthodes.

Alors que la campagne présidentielle bat son plein, nous devons mettre les élus politiques devant leurs responsabilités. Dans le monde de la finance, on est habitué à crier avant d’avoir mal. Avec des taux de rentabilité à deux chiffres, ils disent perdre de l’argent ! Ou ils n’en gagnent pas assez… Il leur faut rassurer les actionnaires et les investisseurs. Et revoilà le spectre des fermetures de sites avec la sempiternelle variable d’ajustement que sont les personnels.
La République et ses valeurs, parlons-en un peu à ceux qui nous rabâchent sans cesse ses symboles vertueux. Sans cesse, la liberté est bafouée, en particulier la liberté syndicale et des camarades sont condamnés simplement pour avoir voulu défendre leurs emplois. L’égalité, Il n’y en a pas, alors que trop de membres de la classe politique sont au-dessus des lois.

Mais la fraternité, symbole de notre syndicat CGT, ça, personne ne pourra nous l’enlever, et nous le prouvons aujourd’hui. C’est tous unis et solidaires que nous ferons plier nos patrons et que nous sauverons nos emplois. Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent !

Muriel Reignier, secrétaire de l’union départementale CGT, aux côtés (de gauche à droite) de Charles Puntous, secrétaire du CE de Yara, Emmanuel Lépine, secrétaire national de la fédération de la chimie CGT et Saturnin Garcia de l’Union locale de Mourenx.

Muriel Reignier

« Nous sommes aujourd’hui mobilisés, militantes et militants, à Bayonne et devant Yara dans le cadre du Printemps de l’Industrie CGT, journée qui s’inscrit dans notre campagne nationale pour l’industrie et les services publics.

Industrie et services publics sont indissociables et totalement interdépendants. Un emploi industriel, c’est 5 à 7 emplois induits. Développer l’industrie suppose des services publics de qualité en matière d’éducation, de recherche, de transports, de santé, etc.
La maîtrise de la recherche, l’investissement en particulier des entreprises publiques, la formation, la reconnaissance des qualifications, la refonte des classifications sont autant de défis dans les entreprises et dans nos conventions collectives

Dans notre département, l’industrie compte toujours, malgré la baisse continue du nombre d’emplois industriels plus de 34 000 salariés (16% des emplois salariés) répartis dans presque 3500 entreprises.

Les luttes pour l’emploi et le développement industriel sont nombreuses.
À Hendaye, les salariés d’EPTA France, avec la CGT, après 4 jours de lutte et l’arrêt quasi-total de la production, ont fait plier la direction (qui menace maintenant d’externaliser la production en Italie) et obtenu satisfaction de plusieurs de leurs revendications : embauche de 40 salariés en CDI, mise à niveau des coefficients, augmentation de 1,5%.
À Ogeu, chez PCC, les salariés avec la CGT sont dans l’action pour refuser le recul social voulu par l’employeur qui ne propose rien d’autre que de travailler plus en étant payé moins.
À Pardies, la mobilisation s’organise autour de la menace de fermeture de Yara, et dans le prolongement les incidences directes sur Air liquide, ou encore Arkéma et au-delà tout le bassin de Lacq, tandis que la Sobegi va connaître une réduction importante d’effectifs (plus de 45 emplois), et que l’activité partielle est reconduite à Toray, …
Toutes ces entreprises ont en commun d’avoir bénéficié d’argent public sans aucune contrepartie, et cet argent est utilisé pour nous licencier et engraisser les actionnaires. Alors même que c’est de plus de droits et de protection dont les salariés ont besoin, le gouvernement aux ordres du capital s’est dépêché, au travers notamment des lois Macron, Rebsamen, El Khomri, d’amplifier les capacités de nuisance d’un patronat dont les bénéfices n’ont jamais été aussi importants.

À l’opposé, nous revendiquons :
- une revalorisation du travail,
- de nouveaux droits d’interventions pour les salariés, et les instances représentatives du personnel (dont droit de contrôle et de suspension)
- de revoir les aides publiques versées sans discernement et sans aucune contrainte, et qui se transforment en effet d’aubaine pour les entreprises.

L’industrie, c’est la modernité, et notre département comme notre pays disposent d’atouts pour :

- développer les savoir-faire industriels
- répondre aux besoins des populations
- financer des projets qui prennent en compte les innovations technologiques et les impératifs de lutte contre le réchauffement climatique.

Le développement industriel doit répondre aux besoins et à l’intérêt général. Cela passe par l’appropriation collective des entreprises notamment celles ayant une importance stratégique pour le développement économique et social, sous des formes élaborées par les travailleurs eux-mêmes et les populations.

L’industrie est au centre des défis environnementaux et sociaux. La CGT défend une politique de reconquête industrielle partant de l’existant, où les progrès technologiques sont au service du progrès social et de l’environnement pour répondre aux besoins des citoyens.

En la matière, la CGT 64 est mobilisée et elle est de force de propositions, concernant notamment le bassin de Lacq-Orthez-Mourenx avec le projet hydrogène ; ou la fonderie Messier, Sintertech et d’autres.

Nous œuvrons pour réindustrialiser, relocaliser les capacités de production, au travers notamment de circuits courts, de l’économie circulaire, de l’éco-conception, de la production d’objets durables, interconnectables et réparables
Nous revendiquons parallèlement des organisations du travail respectueuses des salariés et protégeant leur intégrité psychologique et physique. Le travail doit être émancipateur, il ne doit ni tuer, ni blesser, ni conduire les salariés à se donner la mort !
Travailler mieux et travailler moins pour partager le travail et en vivre dignement. Partout, avec notre campagne pour l’industrie, portons et allons au débat avec les salariés à partir de nos propositions sur
- les 32 heures
- le coût du capital et les logiques financières qui prennent le pas sur les logiques industrielles de moyen et long terme. »

Muriel conclut enfin en appelant à la solidarité, en remerciant les délégations présentes et en invitant à venir participer au débat public sur la filière hydrogène organisé le 4 mai à Mourenx, salle Bichendaritz, par le syndicat. Dans le prolongement de l’idée du vapocraqueur, imaginée il y a 25 ans pour dynamiser l’industrie chimique, la CGT propose aujourd’hui la création d’une filière hydrogène dans le bassin avec l’excédent de vapeur et de gaz du site d’Induslacq.

Un militant résume la situation

Toutes les formes de lutte seront utilisées

Mercredi matin la rencontre avec Thierry Loyer, le directeur de Yara France, a commencé clairement de la part des militants CGT dont quelques dizaines sont allés l’accueillir, vêtus de leurs habits de travail orange, à la descente de son avion à Pau. De très nombreuses forces de police étaient également présentes… sans doute dans le cadre de la vigilance anti-terroriste contre les décisions brutales de Yara….
Thierry Loyer prétend chercher un repreneur et propose qu’on se revoie fin juillet. La CGT demande un calendrier plus conforme aux souhaits des salariés. « Nous préparons un argumentaire économique que nous opposerons aux arguments patronaux. Si repreneur il y a, il faut que cela se prépare sérieusement. »
Un pays sans industrie n’a pas d’avenir !

Ces initiatives et ces luttes syndicales soutenues par les militants communistes qui, souvent y participent et les impulsent, se retrouvent illustrées par la campagne lancée par le parti : Un pays sans industrie n’a pas d’avenir ! Si, en effet, nous voulons que les richesses produites par le travail des salariés soient justement et utilement réparties et utilisées, nous nous battons contre la désindustrialisation organisée par la bourgeoisie financière au détriment de l’immense majorité de la population, artisans et petits et moyens entrepreneurs compris. Comme l’expliquait mardi le secrétaire du CE de Yara, les financiers spéculateurs qui se sont emparé des entreprises, ne les utilisent que comme « machines à cash » et outils à produire du taux de profit à deux chiffres. Au gré de ces combines et de ces manigances spéculatives, ils achètent des usines, licencient, ferment, délocalisent, en se fichant bien de ce qui est produit comme de ceux qui travaillent dans ces usines.
De façon générale dans notre lutte de chaque jour, mais en posant encore plus de questions aux responsables politiques à l’occasion des élections en cours, nous avons lancé ce nouveau chapitre de notre lutte pour la renaissance industrielle.

Sous le mot d’ordre : « Pour une renaissance industrielle écologique au service de « l’humain d’abord » », notre parti met l’enjeu industriel au cœur des échéances électorales de 2017.

Une véritable politique industrielle est nécessaire à notre pays. Nous appelons à une renaissance industrielle écologique au service des besoins humains et liée au développement des services publics. Sans l’apport de l’industrie, il sera impossible de relever les défis des transitions énergétiques, écologiques, numériques, urbaines et démographiques. Sans l’industrie, il n’y aura pas de progrès social possible dans notre pays.

Une véritable politique industrielle implique de baisser les coûts du capital et non ceux du travail, de construire des protections et de la coopération en refusant à la fois le libre-échange sauvage et un protectionnisme autarcique aussi dangereux que chimérique. Il faut gagner de réels pouvoirs d’intervention et d’initiative aux salariés sur la gestion, l’organisation et la stratégie des entreprises, créer des pôles publics puissants dans les filières stratégiques. Il faut Instaurer de vrais rapports de co-traitance entre donneurs d’ordres et sous-traitants.

Il est nécessaire que non seulement les salariés et les citoyens aient des pouvoirs sur la production des biens et services : Que produire ? Comment ? À quelle fin ? Où ?

Face à l’urgence, une vraie majorité de gauche à l’Assemblée nationale se devrait d’imposer un moratoire immédiat sur les licenciements, les fermetures de site, les cessions ou externalisations de sites ou de services, les délocalisations pour les entreprises qui font des profits ou dont le groupe actionnaire majoritaire fait des profits.

Il s’agit de travailler à une continuité entre industrie et services publics avec l’objectif d’une industrie participant à résoudre les problèmes posés à l’humanité par les transitions numériques, écologiques, urbaines et démographiques. Cela implique de concevoir et produire en pensant éco-conception, réparabilité, lutte contre l’obsolescence programmée, recyclage, économie de matière et d’énergie. Il ne peut y avoir développe-ment sans impératif écologique et la crise écologique ne pourra être résolue sans une politique de renaissance industrielle française et européenne.
C’est pourquoi les communistes du département se battent afin d’exiger et d’obtenir du gouvernement qu’il intervienne pour imposer au patron norvégien le maintien du site.

22 mars 2017, JJLM, texte et photos.

 
Mentions légales - rss RSS

Fédération du Parti Communiste Français des Pyrénées-Atlantiques

50, avenue Jean Mermoz - 64000 PAU - t. 05.59.62.03.59 - f. 05.59.62.12.15

fait avec spip